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Fête de l'Abbaye 2019

Dimanche 28 avril 2019, 5h08. Un homme, seul, élégamment vêtu de son costard-cravate rehaussé d’un brassard rouge attend le train sur le quai de la gare de Rossinière. Son chapeau orné d’une couronne de laurier le protège des flocons qui tombent depuis la veille au soir. Seul le conducteur peut apercevoir le sourire sur ses lèvres. Belle Abbaye …

Retour en arrière: samedi 27 avril 2019, 5h08. L’Echo de Corjon vient juste d’achever sa deuxième diane à l’entrée de la Placette. Les musiciens sont heureux de ressortir leurs instruments, délaissés depuis février au profit de l’organisation du Giron qui approche. Certains ont même eu de la peine à retrouver leur uniforme. A moins que la décoration du village le soir précédent ait été trop exigeante pour certains membres faisant également partie de la Jeunesse. Café, tartines, pèlerines. Les voilà fin prêts à grimper sur les hauts du village pour réveiller les Pétolets à l’aube de la 177ème Abbaye.

Leurs efforts sont récompensés par une foule nombreuse à 8h00 sur la Place du Village, que le nouveau commandant de Fête Stéphane Brusco se charge d’aligner. Comme le veut le protocole, les noms des 240 membres de la société sont appelés. Beaucoup répondent présents. On a une pensée pour ceux dont le nom est suivi d’un silence. Même absents, ils restent membres de l’Abbaye de Rossinière, et leur nom résonne au moins une fois dans l’année au village. On se demande ce qu’ils deviennent. On espère les voir plus tard dans la journée …

L’Abbé-Président accueille son monde avec un message engagé. On comprend que comme tous les tireurs, il s’interroge sur l’impact que pourrait avoir sur sa société la votation prochaine sur la nouvelle loi sur les armes. Sans avoir une réponse toute faite, il invite l’assistance à aller voter. Quelle que soit son opinion, avant de contester des décisions, il faut d’abord accomplir son devoir. Preuve de la vitalité du tir à 300 m, et de son importance sociale dans notre région, ce sont onze nouveaux membres qui ont demandé leur admission cette année. Pétolets pure souche, Damounais sans frontière ou suisse récemment reconnu, attaché à l’Abbaye par tradition familiale, tous s’alignent devant les rangs pour prêter serment et sont chaleureusement applaudis au moment de venir enrichir notre société de leur jeunesse et de leur diversité.

Ce sont ensuite 9 jeunes, parmi lesquels 7 filles, qui viennent s’aligner devant les rangs, pour connaître le résultat du tir organisé à leur attention le vendredi soir. Comme quoi, on a fait du chemin depuis le temps où Louis Pipoz décidait d’introduire un prix pour la meilleure fille … Ce sont en effet 3 d’entre elles qui occupent le podium, les deux premières étant les mêmes que l’année dernière, mais dans l’ordre inverse : Justine Dubuis, fille de l’Abbé-Président, est sacrée Petite Reine, avec un coup de 89, contre 86 pour sa dauphine Abigaëlle Raymond. Toutes et tous ont reçu prix et médailles avant de rejoindre le public, et que le cortège se mette en branle pour la parade matinale.

Les sommets sont enneigés, il fait frisquet, et le ciel menace. Malgré ces conditions difficiles, les 100 coupons de participation au cortège trouvent preneurs ! On a même aperçu certains musiciens du dernier rang devoir jouer des coudes pour garder leur place … Heureusement que le Lieutenant d’Abbé Louis-Philippe Martin, boiteux, est resté sur la place du village, sinon il n’y aurait pas eu assez de billets. Comme quoi le plaisir d’être sur les rangs le matin est plus fort que tout !

A 9h33, la première détonation retentit. Une première gueulée s’entend à 9h46. Gueulée de joie, bien sûr, tant il est vrai que la tenue et la bienséance de tous les participants sont une fois de plus à souligner. Peu de problèmes, toujours réglés dans le calme et le respect avec l’aide des commissaires qu’on profite de remercier. Ces joyeuses exclamations vont donc se poursuivre tout au long de la journée, et se feront entendre fort tard, passé 17h30. C’est qu’il faut du temps pour que les 129 tireurs aient tous l’occasion de s’allonger sur les stalles. Les conditions de tir ont alors bien changé : de clair et sans vent le matin, le ciel s’est depuis déchiré et la pluie tombe en diagonale. Les drapeaux qui continuent néanmoins de s’agiter au Revers semblent vouloir essuyer les cibles pour mieux y attirer les balles. Et ça fonctionne : 30 broches à Société, 15 à Surprise, 38 mouches, 6 coups de 100 à Bonheur … les sociétaires ne sont pas des amateurs ! Un tel, grelotant dans son costard en descendant au stand, se retrouve calme et immobile, sanglé dans sa veste au moment de lâcher ses coups avec contrôle. Un autre, joyeux et rigolard à la buvette quelques instants plus tôt, reste impassible devant les drapeaux et les palettes qui lui annoncent sa réussite, afin d’aligner les coups suivants avec la même précision.

S’ils sont concentrés sur les paillasses, les tireurs profitent également de la journée à l’arrière. En ce sens, l’augmentation de la surface viticole au Pays d’Enhaut est une heureuse nouvelle à l’aune des ravages causés dans la cave communale par les membres, à l’heure du Vin d’Honneur offert et servi par la Commune. La buvette n’est pas en reste, et c’est heureux, car les caisses de bières et limonades vidées au stand sont mises à profit pour une nouvelle animation destinée aux jeunes devant la Grande Salle. Grâce à un camion-grue mis à disposition par Chabloz Transport et du matériel fourni par des particuliers, les enfants les plus valeureux ont pu s’essayer à l’escalade de piles de caisses, dûment assurés par Dorothée Ramel et ses complices. Jusqu’à 20 caisses sont empilées par les plus habiles. Il est remarquable que chez les plus jeunes, ce soit la montée de caisses de bière qui cause des pertes d’équilibre, alors que chez leurs ainés ce soit plutôt leur descente … Quoi qu’il en soit, cette activité complète celles déjà proposées depuis plusieurs années, grâce au soutien du VTT-club et de quelques dévouées bénévoles, notamment Lise-Marie, Kozue et Miki. Une cinquantaine d’enfants passent ainsi l’après-midi joyeusement, et profitent également des manège et tire-pipe installés par les Schatz.

Si la pluie qui commence à tomber dru dès 16h30 n’est pas de nature à décourager les enfants, elle a quand même raison de la clientèle de la tonnelle, qui, bien que tenue avec zèle par Estelle, n’offre que peu de parcelles à l’abri du ciel. C’est en effet sous la pluie que le rassemblement de 19h00 se fait à 19h05. Et c’est remarquable, vu le nombre de tireurs et l’heure de fermeture des cibles. Car si on peut penser qu’avec l’aide des ordinateurs les classements se font maintenant presque tout seuls, c’est sans compter l’échantillonnage des broches et des mouches, qui, pour des raisons d’équité, ne se fait qu’au dernier moment, quand l’enveloppe qui les recèle est amenée des cibles au bureau des classements, une fois le tir terminé.

En route vers le Grand Chalet, 27 tireurs peuvent rêver de la couronne de Roi du Tir. Celui qui voit ce rêve exaucé se nomme Claude-Alain « K1 » Schwitzguebel. Chasseur, ce n’est sans doute pas la première fois qu’un de ses tirs finit en broche (br. 1429°), mais gageons que les lauriers de cette Abbaye donneront une saveur particulière à celle-ci. Il en gardera dans tous les cas un superbe souvenir, sous la forme du découpage réalisé par Corinne Karnstaedt et offert par le Syndic et ancien Abbé-Président Jean-Pierre Neff.

Les dauphins se nomment Kevin Karnstaedt (br. 1491°) et Pierre-Alain Berdoz (br. 1615°). Celui-ci se voit récompensé du formidable travail qu’il réalise d’année en année aux cibles, avec son équipe de cibarres. A la Courte-Ligne, c’est le conseiller et nouveau responsable du stand, Jean-Pierre Sallin, qui s’adjuge la couronne et la magnifique crédence offerte par Denis Henchoz, avec une addition de 102.38. Il devance Pierre-François Perren, qui réussit le malheureux exploit de faire une addition de 139 sans avoir effleuré la broche. Samuel Lenoir complète le trio gagnant.

Devant la Grande Salle, Yves Dubuis conduit la remise des prix au pas de charge, les conditions météo se dégradant à mesure que l’obscurité avance. A Surprise, il couronne Edgar Eggen (br. 1676°), qui gagne l’horloge en cuivre confectionnée et offerte par Riquet Turrian. A Mouche, plus tard, à l’abri, ce sera Etienne Borloz (m.107°) qui remportera la belle chaise offerte par Chaletbau Matti, et Claude Mermod (100/98/98) à Bonheur, qui recevra le plus gros billet du caissier.

Les chapeaux s’envolent, les rangs et le public se diluent sous la pluie, mais ce n’est pas aux membres de plus de 70 ans qu’on apprend ce que signifie l’expression « un temps d’Abbaye », et c’est stoïques et fiers qu’ils viennent s’aligner devant les rangs pour être félicités par l’Abbé-Président, et honorés d’un morceau de musique. C’est alors le moment de remettre le drapeau. Ludovic Martin remonte péniblement le vent après avoir honoré les rangs. A peine a-t-il salué le drapeau de l’Abbaye que le pourtant vigoureux porte-enseigne de l’Echo de Corjon doit lui aussi battre retraite derrière le bâtiment pour éviter d’être emporté par la tempête. Après que l’Abbé-Président ait remercié les généreux donateurs qui ont une fois de plus permis d’établir ce magnifique pavillon de prix, et les nombreuses personnes qui ont aidé à l’organisation et au bon déroulement de cette fête, Stéphane Brusco rompt les rangs et clôt ainsi la partie officielle de cette 177ème Abbaye.

La partie inofficielle se poursuit dans la Grande Salle, où l’équipe du Buffet de la Gare de Château d’Oex a préparé de quoi se sustenter succulemment. Personne ne se risque, ce soir-là, à profiter des carrousels et de la tonnelle. Mais le bar tournera à plein régime jusqu’au petit matin, longtemps honoré de la présence du Roi du Tir, et même de celle de la Petite Reine. Dehors la neige s’est mise à tomber, et aura recouvert le village de son manteau blanc à l’heure où les derniers fêtards quitteront la Grande Salle.

Dimanche matin 28 avril, 6h00. Rentrés au bercail, les tireurs ont maintenant tous mis sécher leur pèlerine, décroché leur brassard, et déposé leur chapeau. Les plus chanceux ont suspendu leurs couronnes, mais les autres auront à nouveau leur chance. Grâce à eux, l’Abbaye 2019 est maintenant un beau souvenir, désormais que vive l‘Abbaye 2020 !

N. Moret, Greffier



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© Abbaye de Rossinière 2019 - Rev. 2019-05-01